top of page
IMG_1399.JPG
IMG_1495.PNG

12 janvier : quand les morts réclament encore justice

Le 12 janvier 2010 n’est pas une date ordinaire dans le calendrier haïtien. C’est une blessure ouverte, un moment suspendu où la terre a tremblé, mais où c’est surtout l’âme de la nation qui s’est effondrée. En quelques secondes, Haïti a perdu des centaines de milliers de ses fils et de ses filles, ensevelis sous les décombres d’un État fragile, de constructions précaires et d’un système déjà à bout de souffle.

Ce jour-là, la mort n’a pas seulement emporté des corps. Elle a fauché des rêves, brisé des destins, interrompu l’avenir. Port-au-Prince s’est tue sous la poussière, les cris et l’incompréhension. Pendant un bref instant, le monde a regardé Haïti, bouleversé, solidaire, promettant de reconstruire plus fort, plus juste, plus digne.


Seize ans plus tard, une question hante encore la conscience nationale : qu’avons-nous fait de ce sacrifice immense ?

Les morts reposent, mais ils n’ont pas été entendus. Ils réclament encore justice.


Car le 12 janvier n’est plus seulement le symbole d’une catastrophe naturelle. Il est devenu celui d’une faillite morale et politique. Des milliards ont été annoncés, des plans ont été élaborés, des conférences organisées. Pourtant, la reconstruction profonde n’a jamais eu lieu. L’État est plus faible qu’hier, l’insécurité s’est enracinée, la misère s’est aggravée, et la dignité du citoyen continue d’être piétinée.


Le séisme a révélé ce que la terre cachait déjà : des institutions sans fondations solides, une dépendance excessive à l’aide extérieure, et une gouvernance incapable de transformer la compassion internationale en projet national. Haïti n’a pas été reconstruite ; elle a été gérée dans l’urgence, puis abandonnée dans la durée.


Aujourd’hui, le silence du monde est assourdissant. Haïti ne fait plus la une. La solidarité s’est essoufflée, la compassion s’est déplacée ailleurs. Pourtant, la tragédie continue, plus lente, plus insidieuse : violence armée, territoires perdus, insécurité alimentaire, exode massif. La catastrophe n’est plus soudaine ; elle est quotidienne, presque banalisée.


Mais réduire Haïti à ses échecs serait trahir son peuple. Car malgré tout, la nation tient encore debout. Dans l’ombre, des enseignants continuent de former les consciences sans salaire régulier. Des médecins soignent sans moyens. Des jeunes refusent la fatalité, créent, écrivent, entreprennent et rêvent encore. Cette résistance silencieuse est le véritable monument érigé à la mémoire des victimes du 12 janvier.


Cette date ne doit pas être un simple rituel de deuil. Elle doit être un acte de conscience nationale. Un rappel brutal que la reconstruction ne se limite pas au béton, mais repose sur des institutions fortes, une vision claire et le respect du peuple. Un rappel que l’aide sans souveraineté affaiblit, et que l’avenir d’Haïti ne peut être décidé sans les Haïtiens.


Le 12 janvier 2010, la terre a tremblé.

Seize ans plus tard, ce sont nos responsabilités qui doivent trembler.


Car tant que justice ne sera pas rendue à la mémoire des morts, tant que la vie des vivants restera indigne, le 12 janvier ne sera pas seulement un souvenir douloureux. Il demeurera une accusation permanente. Une voix venue des décombres, rappelant à la nation et au monde que les morts d’Haïti réclament encore justice.

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page