Quand l’art traverse les eaux de la résilience
- Joel Agoudou
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Par Joël AGOUDOU
Sous les projecteurs feutrés du Backyard Pétion Ville, en ce week end dédié à la création et à la réflexion, une œuvre retient l’attention, interpelle et impose le silence. Conçue par l’artiste haïtien Carel Blain, également sportif et fervent patron de l’art, cette peinture raconte bien plus qu’une simple scène rurale. Elle porte l’âme d’un peuple qui avance, malgré tout.

La toile représente une jeune femme guidant un âne chargé de régimes de bananes, traversant une rivière peu profonde. Le décor est volontairement épuré. L’eau, la montagne, la verdure. Pourtant, derrière cette apparente tranquillité se cache une puissante métaphore de la résilience haïtienne. Marcher dans l’eau, c’est affronter l’obstacle. Continuer d’avancer, c’est refuser la fatalité.
L’âne, symbole de labeur et d’endurance, devient ici le compagnon silencieux de la survie quotidienne. Il porte le poids de l’économie informelle, de l’agriculture vivrière, de ces efforts invisibles qui nourrissent la nation. La jeune femme, droite et déterminée, incarne la dignité dans l’effort et la constance face à l’adversité. Elle ne contourne pas le courant. Elle le traverse.
À travers cette œuvre, Carel Blain, connu pour son engagement autant dans le sport que dans la promotion culturelle, rappelle que l’art est aussi un acte de résistance. Résister à l’oubli. Résister à la dévalorisation. Résister au chaos. Son double parcours, entre discipline sportive et création artistique, se reflète dans cette toile où chaque trait semble maîtrisé et chaque couleur assumée.
Exposée au Backyard Pétion Ville, cette œuvre ne se contente pas d’être admirée. Elle dialogue avec le public. Elle interroge notre rapport à l’effort, à la persévérance et à l’identité. Elle affirme que, même dans les eaux troubles, Haïti avance encore, portée par ses femmes, ses travailleurs et ses artistes.
En définitive, cette peinture n’est pas seulement une scène de vie. Elle est un éditorial visuel, un plaidoyer silencieux pour la résilience, et une preuve éclatante que l’art haïtien, lorsqu’il est soutenu et exposé, demeure l’un des plus puissants vecteurs d’espoir et de conscience collective.






