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Élections : le coup de semonce de Walsonn Sanon à la transition

POLITIQUE — HAÏTI : À un peu plus de trois mois du premier tour annoncé pour le 13 décembre 2026, la bataille politique autour du processus électoral prend une nouvelle dimension. Walsonn Sanon, leader de la plateforme ANFÒS pou Ayiti et potentiel candidat à la présidentielle sous la bannière du groupement ANFÒS pou Sove Lònè, conteste la faisabilité du calendrier électoral et appelle à une réorganisation de la transition.

Son message vise directement les autorités en place et soulève une question particulièrement sensible : Haïti peut-elle organiser des élections crédibles dans les conditions actuelles ?


Un calendrier jugé irréalisable


Pour Walsonn Sanon, l’échéance du 13 décembre ne correspond pas aux réalités du pays.


« Le 13 décembre est mathématiquement impossible pour la tenue d’élections en Haïti », affirme le dirigeant politique.


Il invoque notamment l’insécurité persistante, qu’il considère comme l’un des principaux obstacles à la tenue d’un scrutin national.


Selon lui, les autorités ne seraient pas actuellement en mesure de garantir la sécurité des électeurs, des candidats et des centres de vote dans plusieurs régions du pays.


Cette inquiétude intervient alors que le Conseil électoral provisoire a officiellement fixé le premier tour de la présidentielle et des législatives au 13 décembre 2026, avec un second tour prévu le 21 février 2027. Le CEP reconnaît lui-même que le respect de ces échéances dépend notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources nécessaires. (CEP HAITI)


Sanon dénonce une compétition qu’il juge inégale


Au-delà de la sécurité, Walsonn Sanon s’attaque à la question de l’équité politique.


Le leader d’ANFÒS pou Ayiti reproche au pouvoir en place de disposer, selon lui, d’une plateforme politique tout en ayant accès aux ressources de l’État. Il estime que cette situation crée un déséquilibre entre les prétendants à la magistrature suprême.


« Les autres candidats ne disposent de rien. Il n’y a pas d’égalité de chances », dénonce-t-il.


Une accusation lourde, qui place la question de la neutralité de l’État au centre du débat électoral.


Sanon critique également certains responsables politiques qui, selon lui, évitent de dénoncer ces déséquilibres en raison de leurs rapports avec les autorités ou de leurs ambitions politiques.


Un avertissement au CEP


Le dirigeant politique appelle également le Conseil électoral provisoire à revoir son approche.


Il lui demande de « ralentir sa course » et d’intensifier les consultations avec les partis et groupements politiques avant de poursuivre certaines étapes du processus.


À ses yeux, aller trop vite dans un environnement politique et sécuritaire aussi fragile comporte un risque majeur : organiser un scrutin dont la crédibilité serait contestée avant même l’ouverture des bureaux de vote.


Il redoute surtout que des difficultés prévisibles soient ensuite invoquées pour justifier de nouveaux reports, avec pour conséquence une prolongation de la transition.


Le coup de semonce à Alix Didier Fils-Aimé


C’est précisément à ce niveau que la déclaration de Walsonn Sanon prend une portée politique particulière.


En contestant le calendrier, l’équité du processus et les conditions sécuritaires, le responsable d’ANFÒS pou Ayiti met indirectement la capacité du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé à conduire le pays vers les élections devant ses responsabilités.


Le Premier ministre et son gouvernement devront, dans les prochains mois, convaincre sur trois fronts : la sécurité, la neutralité de l’État et la faisabilité du calendrier électoral.


La pression politique risque donc de s’intensifier à mesure que le 13 décembre approche.


Une nouvelle équipe pour sortir de l’impasse


Mais Walsonn Sanon ne se limite pas à contester.


Il propose une alternative : la mise en place d’une nouvelle équipe neutre à la tête de la transition.


Cette équipe aurait pour mission de rétablir la confiance entre les différents acteurs, de travailler à l’amélioration des conditions sécuritaires et de préparer les bases d’un scrutin crédible et inclusif.


Selon Sanon, une telle réorganisation permettrait d’organiser les élections dans un délai de 10 à 12 mois.


Cette proposition revient donc à poser une question fondamentale : faut-il maintenir l’actuelle architecture de la transition jusqu’aux élections ou procéder à une nouvelle redistribution des responsabilités avant d’aller aux urnes ?


La bataille du calendrier devient une bataille pour le pouvoir


À mesure que le processus avance, le débat ne porte plus uniquement sur une date inscrite dans un calendrier.


Il porte désormais sur la crédibilité de la transition, la neutralité des institutions et la capacité de l’État à créer les conditions d’une véritable compétition électorale.


Le CEP poursuit officiellement ses opérations électorales et a déjà ajusté certaines échéances du processus. (Rezo Nòdwès)


Mais avec sa sortie, Walsonn Sanon vient de déplacer le centre de gravité du débat politique.


Le 13 décembre reste inscrit au calendrier. Reste à savoir si, d’ici là, les conditions politiques et sécuritaires permettront réellement à Haïti d’aller aux urnes ou si la transition devra faire face à une nouvelle tempête politique.

 
 
 

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