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Lettre de Lanmò San Jou à l'ONU : la FJKL dénonce une manœuvre et réclame un cadre légal pour la coopération Haïti-Salvador

il y a 1 heure
3 min de lecture

Par Gesnel Moïse


La Fondasyon Je Klere (FJKL) a réagi le mercredi 4 novembre 2026 à la lettre que Wilson Joseph, alias Lanmò San Jou, chef du groupe 400 Marozo, a adressée au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. L'organisation de défense des droits humains n'y voit pas la démarche d'un groupe armé soucieux des règles de la guerre, mais une manœuvre. Elle invite l'ONU à ne pas s'y laisser prendre.

Dans son rapport, la fondation rappelle d'abord l'enlèvement à l'origine de cette affaire. Le 18 octobre dernier, quatre militaires salvadoriens de la Force de répression des gangs (FRG) ont été enlevés dans la plaine du Cul-de-Sac, alors qu'ils ne participaient pas aux combats, et sont depuis portés disparus. Le président salvadorien, Nayib Bukele, a promis une opération de recherche et de sauvetage. Il a aussi menacé de mettre fin à la terreur des gangs en Haïti si ses soldats n'étaient pas libérés vivants, et des hommes et du matériel militaire ont été acheminés sur place.


Selon la FJKL, cette perspective a provoqué un revirement inattendu : pour la première fois en dix ans, les gangs ont appelé au dialogue. C'est dans ce contexte que Wilson Joseph a écrit à l'ONU. Pour la fondation, ce geste s'explique vraisemblablement par la réputation du président salvadorien dans la lutte contre les gangs dans son propre pays.


Le rapport dresse ensuite un constat sévère de la situation. Haïti vit depuis près de dix ans un conflit armé interne, et plus de 80 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince seraient aux mains des gangs. Les routes nationales sont bloquées et l'aéroport international est fermé depuis près de deux ans. Les routes de la contrebande, du trafic d'armes et de drogue, comme celles de la traite d'êtres humains, sont également sous leur contrôle. La FJKL juge aussi sans résultat concret les vingt mois de contrat avec une firme américaine de sécurité privée, ainsi que les efforts de la Mission multinationale d'appui à la sécurité, devenue Force de répression des gangs en octobre 2025 avec la résolution 2793.


Sur le fond, la fondation s'appuie sur le droit international humanitaire. Tout groupe armé engagé dans un conflit doit respecter cinq principes : distinction, proportionnalité, précaution, nécessité militaire et humanité. Or, affirme la FJKL, les gangs les bafouent. Elle cite plus d'un million et demi de déplacés internes, des maisons, des hôpitaux, des écoles, des églises et des plantations incendiés dans l'Ouest, l'Artibonite et le Centre. Elle relève que 98 commissariats et 4 prisons ont été détruits, mais que l'ampleur des biens civils touchés prouve le caractère indiscriminé des attaques.


De ces violations, la FJKL tire une conclusion juridique. Elles constituent des crimes de guerre et ouvrent la voie à la compétence universelle, qui permet à un État de juger certains crimes graves quel que soit le lieu des faits. Les auteurs de la disparition des soldats salvadoriens, comme ceux des enlèvements de jeunes filles libérées par ces mêmes soldats, pourraient donc être poursuivis au Salvador ou dans tout autre pays où ils seraient retrouvés. Il ne serait pas nécessaire de les juger uniquement en Haïti.


Pour la fondation, le groupe Viv Ansanm, auquel appartient le 400 Marozo, n'est pas un groupe armé non étatique mais un groupe terroriste. Elle souligne que ses méthodes reposent sur la violence aveugle, les enlèvements, la torture et les viols, et que ses membres ne sauraient bénéficier de l'impunité, qui, écrit-elle, « engendre la récidive ». Elle appelle le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité, et sa direction exécutive, à aider Port-au-Prince et San Salvador à bâtir un cadre légal de coopération militaire et sécuritaire.


Ce cadre devrait, selon elle, régler le statut des militaires engagés, la durée de la coopération, le recrutement massif de soldats haïtiens et leur formation, ainsi que l'organisation de procès pour les auteurs de massacres. Il devrait aussi renforcer les tribunaux et les prisons. La FJKL reconnaît que les méthodes de Nayib Bukele inquiètent certains partenaires attachés aux droits humains. Elle estime toutefois qu'on peut concilier répression des gangs et respect de ces droits, avec l'expertise de l'ONU et des organisations locales. Elle exhorte enfin le gouvernement à rompre le contrat avec les « mercenaires » étrangers, qu'elle qualifie de léonin, et à consacrer ces fonds à la formation de jeunes soldats haïtiens avec l'appui des Salvadoriens.


Le reflet

 
 
 

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