J’aime les P4000, cependant…
- Joel Agoudou
- 10 juil.
- 4 min de lecture
Éditorial – Par Joël AGOUDOU
Dans une Haïti meurtrie par l’insécurité, où les groupes armés défient quotidiennement l’autorité de l’État, toute initiative visant à renforcer les capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti mérite d’être saluée. Le programme P4000, lancé sous l’impulsion du Directeur général de la Police nationale d’Haïti, M. André Jonas Vladimir PARAISON, s’inscrit dans cette logique. Il traduit une volonté de répondre rapidement à l’urgence sécuritaire et de doter l’institution policière de nouvelles ressources humaines afin de faire face à l’une des plus graves crises sécuritaires de l’histoire récente du pays.

Je fais partie de ceux qui croient que ce programme constitue une véritable opportunité pour la République. Oui, j’aime les P4000. Parce qu’ils incarnent l’espoir d’une jeunesse décidée à servir son pays, le symbole d’une institution qui refuse de céder face au terrorisme des gangs et la volonté de l’État de reprendre progressivement le contrôle du territoire national.

Cependant…
Soutenir une initiative ne signifie pas renoncer à son devoir d’analyse. Le véritable patriotisme consiste aussi à poser les bonnes questions lorsque l’intérêt supérieur de la Nation est en jeu.

Cet éditorial n’est ni une attaque contre les P4000, ni une remise en cause de la vision portée par le Directeur général M. André Jonas Vladimir PARAISON. Il est le fruit d’une observation attentive du terrain. Depuis plusieurs semaines, j’ai pris le temps d’écouter et d’analyser plus d’une dizaine de témoignages et de réactions de bénéficiaires du programme, provenant de plusieurs départements du pays. À cela se sont ajoutés des échanges avec d’anciens cadres de la Police nationale d’Haïti, d’anciens militaires et des spécialistes des questions de sécurité. Un constat revient avec insistance : la durée de la formation suscite des interrogations.

Former un policier ne consiste pas simplement à lui remettre un uniforme, un écusson et une arme de service. On ne construit pas un professionnel de la sécurité en quelques semaines. On forme progressivement un homme ou une femme capable de protéger des vies, de prendre des décisions sous une pression extrême et d’intervenir avec discernement dans des situations où la moindre erreur peut coûter des vies humaines.
Être policier exige une préparation physique rigoureuse, une parfaite maîtrise des techniques d’intervention, une connaissance approfondie des procédures opérationnelles ainsi qu’une manipulation sécuritaire des différentes armes utilisées par les forces de l’ordre. Mais au-delà des compétences techniques, la formation doit également développer une maturité psychologique, émotionnelle, philosophique et sociologique. Un policier doit apprendre à maîtriser sa peur, son stress, sa colère et ses émotions. Cette maîtrise ne s’improvise pas ; elle s’acquiert avec le temps, l’entraînement et un encadrement de qualité.
Plusieurs bénéficiaires du programme ont eux-mêmes confié rencontrer certaines difficultés dans la manipulation de différents équipements et armements. Ces témoignages ne remettent pas en cause leur engagement ni leur courage. Ils traduisent plutôt la nécessité d’un accompagnement continu afin que ces jeunes recrues puissent évoluer avec confiance et efficacité sur le terrain.
Le programme P4000 a été conçu pour renforcer la lutte contre le grand banditisme qui terrorise les familles haïtiennes. Cette vision, portée par M. André Jonas Vladimir PARAISON, répond à une urgence nationale que personne ne peut ignorer. Toutefois, plusieurs anciens cadres de la PNH et des Forces armées continuent d’exprimer des réserves sur le niveau de préparation opérationnelle de certaines recrues appelées à évoluer dans un contexte de guerre asymétrique contre des groupes criminels lourdement armés.
Un autre constat mérite réflexion.
Alors que les gangs poursuivent leurs offensives à Kenscoff, dans la Plaine du Cul-de-Sac, en Artibonite, à Carrefour et dans plusieurs autres régions du pays, les P4000 sont, pour l’instant, davantage visibles dans les missions de circulation routière, de sécurisation statique ou d’appui aux dispositifs de maintien de l’ordre que dans les opérations offensives contre les groupes armés.
Cette réalité soulève plusieurs interrogations.
S’agit-il d’une stratégie progressive du Haut État-Major visant à permettre aux nouvelles recrues d’acquérir davantage d’expérience avant leur engagement dans les unités spécialisées ? Est-ce le signe d’une préparation qui doit encore être renforcée ? Ou simplement un choix opérationnel adapté aux besoins actuels de la PNH ?
Ces questions méritent d’être posées, non pour affaiblir le programme, mais pour contribuer à son amélioration. Dans une guerre aussi complexe que celle que mène aujourd’hui la Police nationale d’Haïti contre les gangs, chaque policier doit disposer des meilleures compétences possibles avant d’être exposé aux réalités du terrain.
Mon intention n’est nullement de fragiliser le programme P4000 ni de remettre en cause la volonté réformatrice de M. André Jonas Vladimir PARAISON. Au contraire, je considère cette initiative comme l’une des réponses les plus importantes apportées ces dernières années au déficit d’effectifs de la Police nationale.
Mais parce que cette initiative est précieuse, elle mérite d’être consolidée. Face à des organisations criminelles de plus en plus puissantes, structurées et lourdement armées, notre pays ne peut se permettre d’envoyer des policiers insuffisamment préparés. La formation continue, les exercices tactiques, le perfectionnement au maniement des armes, l’encadrement psychologique et les entraînements spécialisés doivent accompagner durablement ces nouvelles recrues.
En tant que journaliste et amoureux profond d’Haïti, je continuerai à soutenir toutes les initiatives destinées à renforcer les institutions de la République, en particulier la Police nationale d’Haïti. Sans les femmes et les hommes de la PNH, notre pays serait confronté à une situation encore plus dramatique.
C’est précisément parce que je crois au potentiel du programme P4000 que j’invite respectueusement M. André Jonas Vladimir PARAISON et le Haut État-Major de la Police nationale d’Haïti à poursuivre l’évaluation permanente de ce dispositif et, si nécessaire, à renforcer encore davantage la formation de ces jeunes policiers.
Les P4000 représentent un investissement stratégique pour l’avenir de la République. Ils ne doivent pas seulement être plus nombreux ; ils doivent être mieux formés, mieux encadrés, mieux équipés et pleinement préparés aux réalités du combat contre le grand banditisme.
Car l’histoire ne retiendra pas uniquement le nombre de recrues intégrées dans les rangs de la Police nationale. Elle retiendra surtout leur capacité à protéger la population, à restaurer l’autorité de l’État et à redonner au peuple haïtien la sécurité qu’il réclame depuis trop longtemps.






Commentaires