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ÉDITORIAL | CEP : la confiance ne se décrète pas, elle se mérite

Le Reflet


À quelques semaines d'échéances électorales décisives, le Conseil électoral provisoire (CEP) est déjà confronté à un défi majeur : convaincre. Car avant même l'ouverture des bureaux de vote, c'est la crédibilité du processus qui est mise à l'épreuve.

Les critiques formulées ces derniers jours par l'ancien sénateur Jean Hector Anacacis dépassent le simple débat politique. Elles interpellent sur la manière dont le CEP conduit un processus censé rétablir la légitimité des institutions. Que l'on adhère ou non à ses analyses, les préoccupations soulevées ne peuvent être ignorées. Elles méritent des réponses précises, transparentes et convaincantes.


Une institution électorale inspire d'abord confiance par la qualité de sa gouvernance. Une note officielle publiée sans numéro de référence peut sembler n'être qu'un détail administratif. Pourtant, les démocraties se construisent justement sur le respect des détails. La rigueur documentaire, la transparence et le respect des procédures constituent les premiers indicateurs du sérieux d'une administration publique.


Le calendrier imposé aux partis politiques soulève également de vraies interrogations. Constituer un regroupement politique exige du temps, des négociations et des compromis. Imposer des délais jugés trop courts peut favoriser des alliances de circonstance plutôt qu'une véritable dynamique politique. Dans un contexte déjà fragile, le risque est d'alimenter davantage les contestations que la confiance.


Le CEP ne doit pas donner l'impression de piloter seul un processus qui engage l'avenir de toute la nation. Une élection ne se résume pas à un chronogramme. Elle repose avant tout sur un climat de confiance entre l'institution électorale, les partis politiques, la société civile et les citoyens. Lorsque le dialogue disparaît, les suspicions prennent rapidement le dessus.


Le gouvernement, lui aussi, ne peut se réfugier derrière le principe d'indépendance du CEP pour éviter ses responsabilités. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit favoriser un climat politique apaisé et encourager un dialogue permanent entre tous les acteurs. Garantir des élections crédibles est une responsabilité partagée.


L'histoire récente d'Haïti rappelle que les crises électorales naissent rarement le jour du scrutin. Elles prennent forme bien avant, dans les décisions contestées, les maladresses administratives, les déficits de communication et les occasions manquées de bâtir le consensus. Lorsqu'un processus inspire davantage de méfiance que d'adhésion, les résultats risquent d'être contestés avant même d'être proclamés.


Il est encore temps pour le CEP de rectifier certaines approches. Écouter les critiques ne constitue pas un aveu de faiblesse. C'est au contraire la preuve qu'une institution demeure attentive aux inquiétudes de ceux qu'elle est appelée à servir.


Plus que jamais, le Conseil électoral provisoire doit comprendre une réalité fondamentale : la confiance ne se décrète pas. Elle se construit, chaque jour, par la transparence, l'écoute et le respect scrupuleux des règles.


Car si cette confiance venait à disparaître, ce ne seraient pas seulement les élections qui seraient fragilisées. Ce serait une nouvelle fois l'espérance démocratique des Haïtiens qui en paierait le prix.



Le Reflet

 
 
 

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