Une affaire révélatrice des tensions entre enquête journalistique et pouvoir
- Joel Agoudou
- 23 déc. 2025
- 2 min de lecture
Le journaliste d’investigation Djovany Michel, directeur du média indépendant anticorruption Satellite509 et secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes, a indiqué, dans une publication sur le réseau social X, qu’une plainte aurait été déposée contre lui par Jean Édouard Baussan. L’information, selon le journaliste, lui aurait été confirmée par une source proche de la famille Baussan.

Cette démarche judiciaire annoncée interviendrait à la suite de révélations rendues publiques par Djovany Michel. Celui-ci affirme s’appuyer sur un rapport attribué à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), signé par le commissaire de police Rodrigue Pierre. Le document mentionnerait l’existence d’un réseau présumé de trafic d’armes alimentant des gangs armés opérant en Haïti, dans lequel Jean Édouard Baussan serait présenté comme un acteur central.
Selon les informations avancées par le journaliste, ce réseau aurait également accordé des financements à certaines autorités haïtiennes. L’objectif supposé aurait été de maintenir un monopole sur le port de Port-au-Prince à travers un contrat qualifié d’opaque, courant jusqu’en 2059. Les révélations font par ailleurs état d’une influence présumée exercée sur les services douaniers ainsi que sur l’Autorité Portuaire Nationale (APN).
À ce stade, aucune autorité judiciaire indépendante n’a publiquement confirmé l’existence ni le contenu des accusations évoquées. Djovany Michel précise, de son côté, n’avoir reçu aucune notification officielle ni copie formelle de la plainte annoncée.
Tout en déclarant assumer l’entière responsabilité de ses propos et publications, le journaliste affirme que ses démarches l’exposent à des pressions, des menaces et à des actions judiciaires. Il maintient toutefois sa position, estimant agir dans l’intérêt public et au nom du droit à l’information.
Cette affaire place Djovany Michel dans une situation particulièrement sensible, à l’intersection du journalisme d’investigation, des enjeux économiques et des rapports de pouvoir. Dans un contexte haïtien marqué par l’insécurité, la circulation illégale d’armes et la fragilité institutionnelle, les révélations évoquées soulèvent plusieurs questions fondamentales :
l’existence et la valeur officielle du rapport de la DCPJ cité, la réalité d’une plainte formellement déposée, la nature exacte des faits reprochés, ainsi que la capacité des institutions judiciaires à mener, le cas échéant, des enquêtes indépendantes et transparentes.
Au-delà du sort personnel du journaliste, ce dossier interpelle plus largement sur les conditions d’exercice du journalisme d’enquête en Haïti, la protection des professionnels de la presse et l’équilibre nécessaire entre la liberté d’informer, le respect de la présomption d’innocence et l’État de droit.
— Le Reflet










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