Le 18 Mai ne fait plus rêver : chronique d’un patriotisme abandonné
- Joel Agoudou
- il y a 10 heures
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Par Joël AGOUDOU
Le 18 Mai fut autrefois l’une des plus grandes dates de rassemblement national en Haïti. Bien au-delà d’une simple célébration du drapeau, cette journée représentait une véritable communion patriotique, un moment où le peuple haïtien se retrouvait autour de son histoire, de son identité et de sa dignité.

À une certaine époque, le 18 mai s’apparentait presque à une nouvelle bataille pour la défense de l’honneur national. Malgré les difficultés du pays, les citoyens ressentaient une immense fierté à participer aux activités patriotiques. Les rues vibraient au rythme des parades, les écoles se mobilisaient, les institutions publiques affichaient leur engagement et la population répondait massivement présente.
Aujourd’hui, le constat est tout autre.
Sous le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, le 18 Mai 2026 a laissé l’image d’une fête nationale affaiblie, froide et profondément déconnectée du peuple. Dans plusieurs villes, les activités organisées manquaient de préparation, d’organisation et surtout de vision. Certaines mairies semblaient dépassées, incapables d’offrir un cadre digne d’une date aussi symbolique pour la nation.
Les parades donnaient parfois l’impression de refléter l’état de délabrement du pays lui-même : peu de ferveur, peu de mobilisation et une atmosphère lourde, presque sans émotion. Là où le peuple attendait un élan patriotique, il n’a trouvé qu’un décor sans âme.
Pendant ce temps, les hauts fonctionnaires de l’État étaient réunis au Palais national, sous haute sécurité et derrière plusieurs murailles, loin de la population. Les images publiées sur les pages officielles de la Primature semblaient davantage destinées à projeter une apparence de stabilité qu’à traduire une véritable proximité avec le peuple haïtien.
Le contraste avec les années passées est frappant.
Autrefois, le 18 Mai faisait vibrer les quartiers, les écoles, les places publiques et les institutions. Aujourd’hui, plusieurs citoyens tentent encore d’organiser des activités patriotiques de leur propre initiative, mais ils se heurtent au manque de financement, au désintérêt des autorités et à l’absence d’accompagnement institutionnel.
Les foules ne sont plus les mêmes. Les visages sont fermés. Beaucoup participent sans enthousiasme, comme si cette date historique avait perdu son pouvoir de rassemblement et d’inspiration.
Le plus préoccupant demeure l’absence visible d’implication de plusieurs institutions publiques. Certains ministères semblaient inexistants dans les célébrations. Des drapeaux mal installés devant certaines institutions traduisaient un manque évident de considération pour les symboles nationaux. Quant à plusieurs directions générales, leur silence et leur absence ont été particulièrement remarqués.
À force d’improvisation, de superficialité et de déconnexion avec les réalités du peuple, le pouvoir en place donne l’impression d’avoir transformé le 18 Mai en une simple formalité protocolaire, vidée de sa profondeur historique et de sa force patriotique.
Pourtant, Haïti mérite mieux.
Le peuple haïtien mérite des célébrations à la hauteur de son histoire. Il mérite des dirigeants capables de redonner vie aux symboles nationaux, de raviver la fierté collective et de reconstruire le lien entre l’État et la population.
Car lorsqu’un peuple commence à perdre l’émotion attachée à ses propres symboles, c’est une partie de son identité nationale qui s’efface peu à peu.
Le drapeau haïtien ne devrait jamais devenir un simple décor institutionnel. Il doit rester le symbole vivant de l’unité, du courage et de la résistance d’un peuple qui, malgré toutes les épreuves, continue d’espérer.






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