L’église comme berceau du génie : Le réveil d’une génération
- Joel Agoudou
- il y a 11 minutes
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Par Marckender JEAN
Ce mardi 17 février 2026, alors que le soleil déclinait doucement sur la zone métropolitaine, l’enceinte de l’église Rendez-Vous Christ, sise à Delmas 75, n’était pas simplement un lieu de culte. Elle est devenue le berceau d’une effervescence nouvelle, le théâtre d’une alchimie rare où la ferveur spirituelle épousait la quête identitaire d’une jeunesse en mal de repères.

L’intitulé de la conférence, ce cri du cœur en créole haïtien « Menm ou menm tou », résonnait comme un défi élégant lancé au déterminisme ambiant. Loin des lamentations convenues sur l’état de la nation, l’atmosphère était à la fois festive et profondément introspective. On n’y venait pas seulement écouter un discours ; on venait consentir à une renaissance.
Au cœur de cette fournaise d’espérance se tenait un homme que les circonstances et la constance ont élevé au rang de pasteur d’une génération entière : le Dr Julio Volcy. Sa simple présence sur l’estrade agissait comme un miroir tendu à l’assemblée. Car si le thème de la soirée nous interrogeait sur notre capacité à croire en nous-mêmes, le parcours de l’orateur en était la démonstration vivante.
Le Dr Volcy n’incarne pas l’espoir par un optimisme naïf, mais par la puissance de l’exemple. Il est, pour les jeunes regards braqués sur lui, la preuve qu’il est possible de traverser les décennies sans laisser l’amertume ternir sa vision. Pendant des lustres, Haïti a trop souvent offert à sa jeunesse des modèles d’impuissance ou de compromission. Ce mardi, Volcy a proposé un autre paradigme : celui de l’Imago Dei l’image de Dieu en nous et les droits et prérogatives qui lui sont corollaires comme socle inébranlable de l’Imago Idéal d’Haïti.
Son message, loin d’être une simple exhortation morale, était une véritable anticipation. Il a dessiné les contours de la république que ces jeunes, et eux seuls, sont désormais appelés à ériger. Une Haïti qui ne se construira pas dans le reniement de ses racines, mais dans la réappropriation de sa dignité foncière. « Menm ou menm tou » n’est donc pas une phrase de réconfort ; c’est un ordre de mission. C’est l’affirmation que le génie qui a soulevé des montagnes lors de l’indépendance sommeille encore dans l’étudiant, l’artisan, l’entrepreneur et le fidèle assis sur les bancs de l’église.
En tant qu’ancien gradué et boursier du programme Défi Jeunesse d’Haïti, je ne pouvais me départir d’une certaine émotion. Ce programme, qui mise sur le potentiel latent de la jeunesse, trouve dans ce type de conférence son aboutissement logique. Voir un fils de la nation, formé à l’école du dépassement, s’adresser à ses cadets avec l’autorité que confèrent l’intégrité et la persévérance, était un puissant rappel que la transmission est la plus noble des missions.
Et pour moi, aujourd’hui membre de cette même église Rendez-Vous Christ et étudiant en sciences théologiques au Séminaire de Théologie Évangélique de Port-au-Prince, l’événement prenait une résonance particulière. Il scellait sous mes yeux l’alliance sacrée entre la foi qui élève et la responsabilité civique qui engage. La théologie n’est pas une évasion hors du monde ; elle est, comme nous l’avons vu ce soir, le levain qui fait lever la pâte d’une société nouvelle.
Le message de Julio Volcy nous a laissé cette certitude inébranlable : si l’avenir d’Haïti semble parfois hypothéqué, c’est que nous avons négligé de dire à notre jeunesse qu’elle porte en elle la solution. Ce 17 février 2026 restera comme le jour où, dans une église de Delmas 75, on a rappelé à une génération qu’elle n’a pas à attendre l’aube : elle est l’aube.
Menm ou menm tou. Toi aussi, tu es ce leader. Toi aussi, tu es cette lumière. Maintenant, il s’agit de bâtir.
Par Marckender JEAN
Ancien gradué de Défi Jeunesse d’Haïti










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