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L’HEURE EST GRAVE À L’ONA Sous la Loupe

Par Joël Agoudou


L’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA) se retrouve aujourd’hui au cœur de nombreuses interrogations. Depuis l’installation de sa directrice générale, Madame Lovely François, le 24 mars 2026, des préoccupations ont été exprimées aussi bien par certains employés que par plusieurs observateurs de la vie publique.

Dès sa prise de fonction, des voix se sont fait entendre au sein de l’institution. Certains cadres estimaient que, malgré les compétences reconnues de la nouvelle directrice, sa nomination aurait bénéficié de soutiens influents au sein de l’appareil étatique. Plusieurs témoignages recueillis auprès de sources internes évoquent notamment des soupçons de favoritisme ayant entouré le processus de désignation.


À ce jour, aucune preuve officielle n’est venue confirmer ces affirmations. Elles demeurent des allégations rapportées par différentes sources et doivent être considérées avec toute la rigueur et la prudence qu’impose le traitement journalistique de l’information.


Parmi les éléments fréquemment évoqués figure le rôle présumé d’un proche du Premier ministre, identifié dans plusieurs témoignages sous le surnom de « Ti PM ». Selon certaines sources, son influence aurait pesé dans le processus ayant conduit à cette nomination. Là encore, aucune confirmation officielle n’a été rendue publique.


Toutefois, au-delà des circonstances entourant cette arrivée, ce sont désormais des questions relatives à la gouvernance de l’institution qui retiennent l’attention.


Le Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC) a publié, le 18 juin 2026, une note dans laquelle il réclame l’ouverture d’une enquête approfondie sur la gestion actuelle de l’ONA.


L’organisation fait état d’allégations de mauvaise gestion, de favoritisme et d’utilisation contestée de fonds publics. Parmi les faits évoqués figure un décaissement présumé de 14 millions de gourdes dans le cadre d’une activité organisée à l’occasion de la Fête des Mères.


Selon le RHAJAC, plusieurs questions demeurent sans réponse concernant l’utilisation réelle de ces fonds. L’organisation appelle les autorités compétentes à effectuer toutes les vérifications nécessaires afin d’établir les faits et de rassurer la population.


Il convient cependant de rappeler avec force qu’à ce stade, ces informations relèvent d’allégations qui n’ont pas été confirmées par une enquête officielle. Le respect de la présomption d’innocence demeure un principe fondamental dans toute société démocratique.


Néanmoins, lorsque des dénonciations publiques sont formulées et que des interrogations persistent autour de la gestion d’une institution stratégique, il est normal que le débat public s’installe.


Pourquoi autant de préoccupations sont-elles exprimées au sein même de l’ONA ?


Pourquoi plusieurs employés et observateurs réclament-ils davantage de transparence ?


Les procédures administratives et financières appliquées depuis mars 2026 respectent-elles pleinement les standards de gouvernance et de reddition de comptes attendus d’un organisme public ?


Les organismes de contrôle de l’État jugent-ils nécessaire d’examiner les opérations financières effectuées durant cette période afin de dissiper les doutes ?


Ces questions ne constituent ni un verdict ni une condamnation. Elles participent simplement à l’exercice normal du contrôle citoyen dans une démocratie.


L’ONA gère les contributions de milliers de travailleurs haïtiens. À ce titre, chaque décision administrative, chaque contrat et chaque décaissement doivent pouvoir être expliqués avec clarté et transparence.


La confiance du public constitue le principal capital de toute institution publique. Lorsqu’elle est fragilisée par des soupçons ou des controverses, les réponses ne peuvent venir que de la transparence, de la communication et, au besoin, de vérifications indépendantes.


Nous tenons également à préciser que les interrogations soulevées dans cet éditorial ne remettent nullement en question les compétences académiques ou professionnelles de Madame Lovely François. Nous croyons à la nécessité d’une plus grande participation des femmes dans les espaces de décision et dans la gestion des affaires publiques. Le mérite, la compétence et le leadership féminin doivent être encouragés et valorisés dans toutes les institutions de la République.


Cependant, comme tout responsable public, la directrice générale de l’ONA exerce une fonction qui implique une obligation constante de transparence et de reddition de comptes envers les citoyens.


Aujourd’hui, ce ne sont pas les rumeurs qui doivent guider le débat, mais les faits. Ce ne sont pas les passions politiques qui doivent l’emporter, mais la recherche de la vérité. Et ce ne sont pas les accusations qui doivent prévaloir, mais les conclusions auxquelles pourront parvenir les institutions habilitées à enquêter.


L’ONA est une institution essentielle pour des milliers de cotisants et de retraités. À ce titre, elle doit demeurer au-dessus de tout soupçon et inspirer confiance à ceux qu’elle sert.


Dans l’intérêt de l’institution, de ses employés, de ses cotisants et de la population en général, toute zone d’ombre mérite d’être éclaircie.


Car lorsqu’une institution publique est confrontée à des questionnements persistants, la meilleure réponse demeure toujours la transparence.

 
 
 

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