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Jeunesse haïtienne : jusqu’où peut-on tenir ?


Éditorial — Par Fagnole Paul


12 août - Journée internationale de la jeunesse


Chaque année, le 12 août nous rappelle l’importance de la jeunesse dans la construction des sociétés. Mais en Haïti, cette journée devrait surtout être l’occasion de regarder en face une réalité préoccupante : comment une génération peut-elle construire son avenir lorsqu’elle grandit dans l’incertitude ?


En 2026, les Nations Unies ont retenu le thème « Different Contexts, Common Aspirations » - « Des contextes différents, des aspirations communes ». Une formule qui résonne particulièrement dans notre pays.


La jeunesse haïtienne est ambitieuse, créative et résiliente. Elle étudie, entreprend, crée, travaille dans les médias, le sport, la culture et le numérique. Pourtant, elle évolue dans un environnement marqué par l’insécurité, les difficultés économiques, les déplacements de populations et les perturbations du système éducatif.


Selon l’UNICEF, 284 écoles avaient été détruites en Haïti en 2024, tandis que des centaines de milliers d’enfants ont été privés d’un accès normal à l’éducation. L’organisation rapporte également une forte augmentation du recrutement et de l’utilisation d’enfants par des groupes armés en 2025.


Derrière ces chiffres, il y a des vies, des rêves interrompus et des parcours bouleversés.


Mais le danger n’est pas uniquement matériel. Lorsqu’un jeune grandit dans la peur et l’incertitude, c’est aussi sa capacité à se projeter dans l’avenir qui peut être fragilisée. L’estime de soi, la confiance et l’espoir deviennent alors des enjeux aussi importants que l’éducation et l’emploi.


Pourtant, malgré les difficultés, la jeunesse haïtienne continue d’avancer.


Elle crée des projets, développe des entreprises, utilise le numérique pour apprendre et travailler, pratique le sport, produit de l’art et participe à la vie de ses communautés.


Cette résilience est admirable. Mais elle ne doit pas devenir une excuse pour demander aux jeunes de supporter indéfiniment des conditions difficiles.


Une jeunesse ne devrait pas avoir à être héroïque simplement pour pouvoir vivre normalement.


C’est pourquoi nous devons changer notre manière de parler de la jeunesse.


Nous répétons souvent que les jeunes sont « l’avenir du pays ». Mais ils sont surtout le présent.


La vraie question n’est donc pas seulement :

« Que font les jeunes pour Haïti ? »


Il faut aussi demander :

« Que faisons-nous pour leur donner les moyens de construire leur avenir ? »


Éducation de qualité, formation professionnelle, emploi, financement, espaces culturels et sportifs, accompagnement et sécurité : les réponses doivent être collectives.


Les réseaux sociaux constituent également un enjeu majeur. Ils offrent aux jeunes des possibilités extraordinaires d’apprentissage, de création et d’entrepreneuriat, mais ils peuvent aussi favoriser la désinformation, le cyberharcèlement et une comparaison permanente avec des vies souvent mises en scène.


L’éducation doit donc également apprendre aux jeunes à utiliser le numérique avec intelligence et esprit critique.


En cette Journée internationale de la jeunesse, il ne suffit pas de publier des messages et de prononcer des discours.


Il faut écouter les jeunes.


Écouter leurs difficultés, leurs ambitions, leurs idées et leurs propositions.


Car une société qui refuse d’écouter sa jeunesse risque de laisser d’autres forces définir son avenir à sa place.


Haïti possède une jeunesse talentueuse, courageuse et profondément résiliente. Mais la résilience a ses limites.


À force de demander à une génération de survivre, nous risquons d’oublier qu’elle devrait surtout avoir la possibilité de vivre, de construire et de rêver.


La jeunesse haïtienne n’a pas seulement besoin qu’on lui dise qu’elle représente l’avenir.


Elle a besoin de raisons de croire que cet avenir est encore possible.


Par Fagnole Paul

 
 
 

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