HAÏTI : PENDANT QUE LE PAYS S’EFFONDRE, QUI PROFITE DE LA CRISE ?
Éditorial par Joël Agoudou
Il faut désormais poser une question que beaucoup préfèrent éviter : pendant qu’Haïti s’enfonce dans la pauvreté, l’insécurité et le chaos, qui gagne de l’argent autour de la crise haïtienne ?

La question est dérangeante. Elle est pourtant légitime.
Haïti vient de connaître une septième année consécutive de contraction économique. En 2025, le PIB réel a reculé de 2,7 %, tandis que l’inflation moyenne a atteint 28,3 %. Selon la Banque mondiale, près de la moitié de la population vivait avec moins de 3 dollars par jour.
Dans le même temps, la crise sécuritaire mobilise des centaines de millions de dollars.
La Force de répression des gangs bénéficie d’un financement international considérable. En avril 2026, les Nations unies faisaient état de plus de 203 millions de dollars promis, dont environ 174 millions effectivement reçus.
À ces montants s’ajoutent les dépenses liées à la logistique, au transport, au carburant, aux équipements, aux logements, aux services médicaux et à la sécurité.
Mais où est le résultat pour le peuple haïtien ?
Voilà la véritable question.
Car pendant que des ressources importantes sont mobilisées autour de la crise, l’économie nationale continue de reculer, les entreprises ferment, des familles sont déplacées et la population s’appauvrit.
Le cas d’Erik Prince, ancien fondateur de Blackwater, illustre également l’arrivée croissante d’acteurs privés étrangers dans la réponse sécuritaire en Haïti. Des entreprises privées sont désormais associées à certaines opérations liées à la lutte contre les gangs.
Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve ces acteurs de s’enrichir illégalement.
Il s’agit de demander publiquement :
Combien coûtent ces contrats ? Qui les finance ? Qui les contrôle ? Quels sont leurs résultats ?
Ces questions sont légitimes dans toute démocratie.
Et les Nations unies ?
Dire que l’ONU « ferme les yeux » sur Haïti serait une accusation qui nécessite des preuves.
Mais une question demeure incontournable :
Après des années de présence internationale, de résolutions, de missions et de financements mobilisés autour d’Haïti, pourquoi le pays demeure-t-il aussi fragile ?
L’aide internationale est nécessaire. Mais elle ne peut pas devenir une économie permanente de l’urgence.
Haïti ne doit pas être uniquement un pays où l’on vient gérer la crise. Il doit devenir un pays où l’on investit pour sortir de la crise.
Nous avons donc besoin de davantage de transparence sur les contrats, les financements, les bénéficiaires et les résultats.
Car le peuple haïtien a le droit de savoir qui reçoit l’argent mobilisé en son nom, pour quelles activités et avec quels résultats.
Haïti ne demande pas au monde de cesser de l’aider.
Haïti demande que cette aide contribue réellement à reconstruire sa sécurité, son économie et son avenir.
Et la question restera posée :
QUI GAGNE AUTOUR DE LA CRISE HAÏTIENNE, PENDANT QUE LE PEUPLE HAÏTIEN CONTINUE DE S’APPAUVRIR ?
Joël Agoudou
Journaliste — Étudiant









Commentaires