Haïti : le manifeste de l’Assemblée du consensus national préconise un exécutif bicéphale
Par Gesnel Moïse
Face à la crise multidimensionnelle qui frappe Haïti, l’Assemblée du consensus national propose de revoir la conduite de la transition politique et de définir de nouvelles priorités pour le pays. Dans un manifeste rendu public le 15 octobre 2026, cette initiative préconise un changement à la tête de l’exécutif, avec un président et un Premier ministre désignés sur la base d’un accord entre les acteurs concernés. Elle défend également une nouvelle équipe gouvernementale composée de technocrates.

À l’origine de cette démarche se trouve le Rassemblement pour une entente nationale (REN), qui a réuni des représentants politiques, des membres de la société civile et des acteurs religieux à Pétion-Ville, les 8 et 9 octobre. Les participants ont cherché à dégager des pistes communes pour sortir de l’impasse. Leur document insiste notamment sur l’indépendance des décisions nationales, la participation de toutes les composantes de la société et la nécessité de placer la protection de la population au centre de l’action publique.
La question sécuritaire occupe une place majeure dans les propositions formulées. L’Assemblée veut que les autorités établissent des objectifs mesurables pour reprendre le contrôle des territoires affectés par les groupes armés. Elle préconise des interventions pour rétablir la circulation sur les axes routiers, sécuriser les infrastructures stratégiques et protéger les espaces de production. Elle demande aussi des actions contre les circuits d’approvisionnement en armes et les réseaux qui soutiennent financièrement les gangs, tout en plaçant les brigades de vigilance sous le contrôle de l’État.
Pour encadrer la période de transition, les signataires proposent la création d’un Conseil d’orientation et de suivi et la tenue d’une Conférence nationale souveraine dans les 60 jours suivant la mise en œuvre de leur démarche. Le président et le Premier ministre envisagés devraient accepter de ne pas briguer les prochains mandats électifs. Cette condition vise à distinguer la gestion de la transition de la compétition pour le pouvoir, même que les modalités concrètes de désignation restent à préciser.
Le retour aux élections suppose, selon le manifeste, des étapes préalables. Les initiateurs placent le rétablissement de la sécurité et la réponse aux besoins sociaux avant la fiabilisation des données électorales et l’organisation du vote. Ils souhaitent consolider le travail du Conseil électoral provisoire et éviter que les changements constitutionnels interfèrent avec le prochain processus électoral. Le document réclame parallèlement une justice plus efficace, la transparence dans la gestion publique et des mesures concrètes contre la corruption et l’impunité.
L’Assemblée estime également que la sortie de crise doit s’accompagner d’une amélioration des conditions de vie. Elle met en avant la relance de l’agriculture et des activités productives, le soutien aux organisations paysannes et la coopération entre l’État et les entreprises. Elle préconise aussi des réponses aux difficultés des personnes déplacées, un meilleur accès aux services de santé et d’éducation, ainsi que des possibilités de formation et d’emploi pour les jeunes. La prévention des violences sexuelles et la protection des femmes et des filles figurent parmi les priorités sociales.
Les Haïtiens vivant à l’étranger sont eux aussi concernés par les orientations proposées. Le manifeste défend leur participation aux élections, la mobilisation de leurs ressources pour soutenir la reconstruction et des démarches diplomatiques en faveur des compatriotes confrontés à la perte de leur statut migratoire temporaire. L’ensemble de ces propositions constitue une tentative de définir une direction commune face à la crise. Leur portée dépendra désormais de la capacité des responsables politiques et des autorités à examiner ces recommandations et à trouver un terrain d’entente sur l’avenir de la transition.
Le reflet









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