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Haïti : le Groupe d’experts de l’ONU alerte sur la fragilité des progrès sécuritaires et les réseaux qui soutiennent les gangs

8 oct.
4 min de lecture

Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti dresse un bilan préoccupant de la situation sécuritaire et politique du pays entre octobre 2025 et juillet 2026. Présenté en application de la résolution 2794 (2025), le document souligne des avancées limitées dans la lutte contre les gangs, tout en mettant en évidence la persistance de réseaux criminels impliquant des acteurs politiques, économiques et du secteur de la sécurité.

Selon les experts, les opérations menées par les autorités haïtiennes depuis décembre 2025 ont permis de contenir l’expansion des gangs à Port-au-Prince et de reprendre certaines zones auparavant contrôlées par des groupes armés, notamment dans le centre-ville, à Delmas et dans les secteurs voisins. Ces progrès restent toutefois fragiles en raison de l’absence d’une stratégie nationale de sécurité, du manque de ressources et de la persistance de liens entre gangs et certains acteurs influents.


Le rapport relève également une réponse sécuritaire fragmentée. Face aux capacités limitées des institutions nationales, le Gouvernement s’appuie notamment sur des acteurs internationaux, dont une société militaire privée étrangère et la Force de répression des gangs, entrée en opération en juin 2026. Dans plusieurs régions, la population se tourne parallèlement vers des groupes de légitime défense, des sociétés de sécurité privées et la Brigade de sécurité des aires protégées.


Les experts mettent toutefois en garde contre les dérives de certains de ces groupes. Bien qu’ils constituent parfois un moyen de défense face aux attaques des gangs, certains seraient impliqués dans des activités criminelles et des violations des droits humains. Cette situation pourrait, selon le rapport, favoriser l’apparition de nouveaux groupes armés et prolonger le cycle de la violence.


La coalition Viv Ansanm, qui avait conservé son unité pendant plus de deux ans, a également été fragilisée par des rivalités internes. Les affrontements liés au contrôle des territoires et des sources de revenus ont particulièrement marqué Cité-Soleil et Croix-des-Bouquets entre mars et juillet 2026. Ces violences ont fait plusieurs centaines de morts et entraîné le déplacement de milliers de personnes. Les affrontements entre groupes rivaux ont également été accompagnés d’une hausse des violences sexuelles.


La violence s’est parallèlement étendue à d’autres départements. Dans le Bas-Artibonite, le mois de mars 2026 a marqué le début d’une nouvelle vague d’attaques attribuées aux gangs Gran Grif, Kokorat San Ras et Canaan. Dans le Centre, les groupes 400 Mawozo et Canaan ont continué à renforcer leur contrôle sur plusieurs villes et sur des axes routiers stratégiques menant vers la frontière avec la République dominicaine.


Le Groupe d’experts signale aussi une évolution préoccupante dans le Sud-Est, où les attaques de gangs ont gagné une région jusque-là considérée comme relativement plus sûre.


Entre octobre 2025 et avril 2026, 3 165 personnes ont été tuées et 1 551 blessées dans des violences armées, selon les données citées dans le rapport. Les experts indiquent que 65 % des victimes ont été recensées lors d’opérations de sécurité et 30 % lors d’attaques menées par des gangs.


Le rapport documente également plusieurs violations graves des droits humains, notamment des homicides, des violences sexuelles et fondées sur le genre, des enlèvements contre rançon, le recrutement forcé d’enfants, la destruction de biens et l’extorsion. Les violences sexuelles, notamment les viols collectifs de femmes et de jeunes filles commis par des hommes armés, auraient fortement augmenté depuis le début de 2026.


Cette insécurité continue d’avoir des conséquences sur l’accès aux services essentiels. Les violences ont entravé l’aide humanitaire et provoqué la fermeture de plusieurs établissements de santé et organisations humanitaires. Le secteur éducatif est également affecté par les déplacements et les restrictions liées à l’insécurité.


Le trafic d’armes et de munitions demeure un autre sujet majeur du rapport. Malgré les mesures prises par les autorités haïtiennes, dominicaines et américaines pour lutter contre ces réseaux et faire respecter l’embargo sur les armes, les experts estiment que les efforts restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. Le détournement d’armes provenant de stocks nationaux continue notamment d’alimenter les arsenaux des groupes armés.


Le Groupe d’experts attire par ailleurs l’attention sur l’essor de la criminalité transnationale organisée. Ses investigations ont notamment porté sur des saisies importantes de cocaïne et de cannabis, ainsi que sur le commerce des civelles, un secteur jugé particulièrement vulnérable aux activités illicites.


Au-delà des opérations contre les chefs de gangs, les experts insistent sur la nécessité de s’attaquer aux réseaux qui permettent à ces groupes de fonctionner. Le rapport affirme que des personnalités politiques, des acteurs économiques et des membres du secteur de la sécurité apportent parfois un soutien aux gangs lorsque leurs intérêts convergent.


« Les progrès en matière de sécurité restent fragiles », constate le rapport, qui souligne également les difficultés rencontrées pour contrôler les chefs de gangs. Selon les experts, les liens entre les groupes armés et certains acteurs étatiques et privés compliquent les opérations policières et les enquêtes.


Sur le plan politique, la période étudiée a également été marquée par des tensions entre les membres du Conseil présidentiel de transition et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Le mandat du Conseil présidentiel de transition ayant pris fin le 7 février 2026, le pouvoir exécutif a été transféré dans son intégralité au Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre.


Un Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections a ensuite été adopté le 23 février par plusieurs acteurs politiques, ainsi que des représentants de la société civile et du secteur des affaires. Toutefois, à la mi-juillet, le Groupe d’experts constatait une mise en œuvre encore lente, notamment sur les questions de sécurité, tandis que des incertitudes subsistaient autour du calendrier électoral.


Pour les experts de l’ONU, la situation sécuritaire reste donc étroitement liée aux dynamiques politiques, économiques et criminelles. Le rapport estime que les opérations visant uniquement les chefs de gangs risquent de produire des résultats limités si elles ne s’accompagnent pas d’actions contre les réseaux qui financent, facilitent ou soutiennent leurs activités.


Jean Rony Poito PETIT FRERE

 
 
 

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