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Haïti : l’ONU alerte sur l’ampleur des violences, plus de 5 700 personnes tuées ou blessées depuis janvier

il y a 16 heures
4 min de lecture

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dressé un constat particulièrement préoccupant de la situation en Haïti. Présentant son rapport devant le Conseil des droits de l’homme, il a fait état de milliers de victimes de la violence, d’une forte progression des violences sexuelles et d’une aggravation des conditions humanitaires et sécuritaires.

Entre le 1er janvier et le 11 septembre 2026, le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme a documenté au moins 5 700 personnes tuées ou blessées par des gangs ou dans le cadre d’opérations menées contre eux. Selon Volker Türk, ce bilan pourrait être largement inférieur à la réalité.


Durant cette même période, plus de 230 personnes ont été enlevées et plus de 1 000 femmes et filles ont été victimes de viols. Le Haut-Commissaire souligne que les violences continuent de toucher principalement les populations civiles, prises entre les attaques des gangs et certaines opérations de sécurité.


« Mon cœur va au peuple haïtien », a déclaré Volker Türk, évoquant une population souvent prise au piège entre la violence des gangs et des réponses sécuritaires parfois musclées.


Les gangs poursuivent leur expansion


Malgré certains progrès enregistrés dans le contrôle de l’activité des gangs dans plusieurs secteurs de Port-au-Prince, les groupes armés continuent, selon l’ONU, de s’adapter et de chercher de nouveaux territoires.


Les récentes attaques à Kenscoff et à Gressier, ainsi que l’implantation croissante de groupes armés dans le Sud-Est, témoignent d’une volonté de contrôler de nouveaux territoires et des axes de transport stratégiques. Cette dynamique constitue, selon le Haut-Commissaire, une menace pour la stabilité d’Haïti et de la région.


Volker Türk a également évoqué le début des opérations de la Force de répression des gangs, mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il estime toutefois que cette force reste très en dessous des capacités nécessaires pour remplir pleinement sa mission.


Après le renouvellement de son mandat, il appelle à un déploiement complet et rapide, avec des garanties solides en matière de respect des droits humains.


Des inquiétudes autour des opérations de sécurité


Le Haut-Commissariat fait aussi état de préoccupations concernant certaines opérations menées par les forces de sécurité. Selon les données présentées par Volker Türk, plus de la moitié des victimes recensées depuis le début de l’année l’ont été dans le cadre d’opérations de sécurité.


Des centaines de personnes ont notamment été touchées par des balles perdues et des drones explosifs.


Le nombre d’exécutions sommaires attribuées à des unités spécialisées de la police aurait toutefois diminué de près de moitié par rapport à 2025. Le Haut-Commissaire précise néanmoins que des personnes soupçonnées d’être liées aux gangs continuent d’être exécutées sommairement.


Les groupes d’autodéfense constituent également une source de préoccupation. Selon l’ONU, ils auraient tué ou blessé environ 280 personnes depuis le début de l’année.


Une crise humanitaire qui s’aggrave


Au-delà des violences armées, Volker Türk alerte sur les conséquences sociales et économiques de la crise. L’extorsion, le pillage et la destruction de biens perturbent fortement l’activité économique, tandis que l’insécurité limite l’accès aux écoles, aux hôpitaux et aux autres services essentiels.


Plus de la moitié de la population haïtienne fait face à une insécurité alimentaire aiguë. Environ 40 % des Haïtiens n’auraient pas accès aux soins de santé de base. Près de 1,5 million de personnes sont également déplacées de force à travers le pays.


Les enfants particulièrement exposés


La situation des enfants inquiète également les Nations unies. Volker Türk estime qu’entre 30 % et 50 % des membres des gangs sont des enfants.


Selon les données citées dans son intervention, le recrutement et l’utilisation d’enfants par les gangs ont presque triplé en 2025. Le Haut-Commissaire souligne que certains enfants rejoignent les groupes armés dans un contexte où ils disposent de très peu d’alternatives pour assurer leur survie.


Les enfants sont également exposés à l’exploitation, au trafic et aux violences sexuelles, alors que les mécanismes destinés à les protéger et à faciliter leur réintégration restent insuffisants.


Des prisons largement au-delà de leur capacité


Le système carcéral haïtien fait lui aussi face à une situation critique. Les prisons fonctionnent en moyenne à plus de trois fois leur capacité officielle, selon le Haut-Commissaire.


Volker Türk dénonce des conditions de détention « inhumaines et dégradantes » et indique qu’au moins 125 personnes sont mortes en détention depuis le début de l’année.


Des élections dans un contexte toujours fragile


La question électorale occupe également une place importante dans l’intervention du Haut-Commissaire.


Volker Türk estime que des élections libres et équitables constituent le moyen légitime de rétablir l’ordre constitutionnel. Il exprime toutefois des réserves sur la possibilité de réunir, dans les conditions actuelles, tous les éléments nécessaires à l’organisation d’élections crédibles.


Il demande également que les personnes responsables de graves violations et abus des droits humains ne puissent pas se présenter aux élections.


L’ONU appelle à s’attaquer aux réseaux qui alimentent la crise


Pour Volker Türk, la crise haïtienne ne peut pas être traitée uniquement sous l’angle sécuritaire. Il met en cause les réseaux qui financent et alimentent la criminalité, ainsi que les flux d’armes et de munitions à destination d’Haïti.


Il appelle les États à appliquer pleinement l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité et à renforcer la lutte contre le trafic d’armes.


Le Haut-Commissaire plaide également pour des sanctions visant les acteurs qui soutiennent financièrement les réseaux criminels et en tirent profit.


Les expulsions préoccupent aussi les Nations unies


Volker Türk a par ailleurs dénoncé les renvois forcés vers Haïti. Selon les chiffres présentés, plus de 220 000 personnes, dont près de 20 000 enfants, ont été renvoyées de force en Haïti depuis plusieurs pays de la région en 2026.


Il estime que certaines de ces personnes avaient fui leur pays pour échapper aux violences et que leur retour peut les exposer à de nouveaux risques. Il appelle ainsi au respect du principe de non-refoulement.


Face à cette situation, le Haut-Commissaire demande un déploiement rapide et complet de la Force de répression des gangs, accompagné des équipements nécessaires et de garanties en matière de droits humains.


Il appelle également les autorités haïtiennes à veiller à ce que toutes les opérations de sécurité, qu’elles soient menées par des acteurs publics ou privés, respectent le droit international relatif aux droits humains.


« Nous avons besoin de tous les regards sur Haïti », a lancé Volker Türk, estimant que ceux qui profitent du désordre cherchent à fragiliser davantage le tissu social et les perspectives de reconstruction de l’État haïtien.


Jean Rony Poito PETIT FRERE

 
 
 

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