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HAÏTI FACE À SON MIROIR : L’UNITÉ NATIONALE, SEULE VOIE POUR RIVALISER AVEC LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

Les propos de l’archevêque de Miami, Monseigneur Thomas G. Wenski, résonnent comme un appel lucide et courageux à la conscience collective haïtienne. En affirmant qu’Haïti peut rivaliser avec la République dominicaine à condition de faire place à l’unité nationale et à un véritable vivre-ensemble, le prélat ne verse ni dans la complaisance diplomatique ni dans l’optimisme naïf. Il pose un diagnostic sévère, mais porteur d’espérance.

L’histoire confère un poids particulier à ses paroles. Il y a environ un siècle et demi, Haïti et la République dominicaine affichaient des niveaux de pauvreté comparables. Pourtant, leurs trajectoires ont divergé. Là où l’une a poursuivi un processus de structuration, de dialogue interne et d’intégration de sa diaspora, l’autre a accumulé ruptures, exclusions et conflits internes. Cette comparaison, souvent jugée inconfortable, mérite pourtant d’être assumée avec maturité.


Monseigneur Wenski met en lumière un point central : la relation avec la diaspora. Tandis que la République dominicaine a su en faire un véritable levier politique, économique et social, Haïti continue de la considérer principalement comme une source de transferts financiers, sans réelle intégration dans les grandes décisions nationales. Or, comme le souligne l’archevêque, le développement d’Haïti passe inévitablement par une entente sincère entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de l’extérieur.


Son analyse de l’insécurité se distingue également par sa clarté. Le chaos sécuritaire haïtien ne peut être compris sans tenir compte des dynamiques régionales : trafic d’armes, cartels de la drogue, financements occultes et complicités politiques. En rappelant que les armes viennent de l’extérieur et que les groupes armés sont soutenus par des acteurs en col blanc, Monseigneur Wenski renvoie chacun à ses responsabilités. L’insécurité n’est pas une fatalité, mais un système qui peut être démantelé s’il existe une réelle volonté politique.


Au-delà des constats, l’archevêque propose une boussole morale : il n’y a pas de stabilité sans justice, sans réconciliation, sans compréhension et sans amour de la patrie. Ces mots, dans un pays profondément fracturé, prennent une dimension presque prophétique. Ils rappellent que le développement ne se réduit pas aux infrastructures ou aux indicateurs macroéconomiques, mais repose d’abord sur des valeurs partagées et une vision commune du destin national.


Son intérêt pour Cazale, son attachement historique à Haïti, sa maîtrise du créole et son engagement de longue date auprès de la communauté haïtienne de Floride renforcent la crédibilité de son message. Monseigneur Wenski n’est pas un observateur lointain ; il est un témoin engagé qui croit encore, peut-être plus que beaucoup d’Haïtiens eux-mêmes, au potentiel du pays.


Cet éditorial se veut donc une interpellation. Haïti peut rivaliser avec la République dominicaine, oui, mais à une condition non négociable : que les Haïtiens acceptent enfin de se parler, de se réconcilier et de construire ensemble. Sans unité nationale et sans vivre-ensemble authentique, aucun plan de sécurité, aucune aide internationale, aucune réforme institutionnelle ne pourra sauver le pays.


L’avenir d’Haïti ne se trouve ni à l’étranger ni dans les discours creux. Il réside dans la capacité des Haïtiens à redevenir frères et sœurs autour d’un projet commun. C’est là, et seulement là, que commence le véritable renouveau haïtien.

 
 
 

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